Réforme de la réglementation incendie: quels objectifs ?

La Rédaction Analyses Experts : Une réforme de la réglementation incendie dans les bâtiments résidentiels est attendue au printemps prochain : quels en sont les grands enjeux et objectifs ?

Jimmy CHAUVIN : Les derniers grands principes de la réglementation incendie dans l’habitation en France remontent à 1986 (arrêté du 31/01/1986 modifié en 2015). Les enjeux de la réforme du printemps prochain, sont de prendre en compte, au niveau de cette réglementation, les nouvelles méthodes de construction (construction bois, bâtiment basse consommation…), les nouveaux équipements (CTA double flux, panneaux photovoltaïques…) et les nouveaux matériaux, notamment liés à l’ITE (isolation thermique par l’extérieur).

Le malheureux retour d’expérience lié à l’incendie de la tour Grenfell à Londres a fortement éveillé les consciences des professionnels sur les problématiques des matériaux combustibles et fumigènes en façades.

Les objectifs de ces futurs textes devront être in fine, de réduire le nombre de sinistres incendies et le nombre de victimes dans les bâtiments nouvellement construits.

La prise en compte des avancées technologiques est primordiale mais pas suffisante. En effet, il conviendra également de mieux légiférer sur les bâtiments existants et sur leurs conditions d’exploitation, voire de contrôle…

La Rédaction Analyses Experts : Face aux erreurs récurrentes, quels points de vigilance renforcer dans la prévention et la gestion du risque incendie ? 

Jimmy CHAUVIN : Le premier point de vigilance concerne le facteur humain. En effet, dans la plupart des incendies au niveau des bâtiments d’habitation, les causes sont l’imprudence, la négligence, la malveillance.

La principale erreur constatée lors des sinistres liés à l’incendie, concerne principalement la réaction des occupants. En effet, les dispositifs et principes d’évacuation des bâtiments d’habitation collectifs sont totalement différents (pour ne pas dire antagonistes) avec les principes qui régissent les immeubles tertiaires.

A telle enseigne, pendant nos études (et ce dès la maternelle), nous réalisons, lors du premier trimestre, des exercices d’évacuation. Pendant notre activité professionnelle, nous effectuons deux exercices annuels d’évacuation.

Dans le même temps, rien, ni personne, ne forme et n’informe les occupants des bâtiments d’habitation collectifs à la conduite à tenir en cas d’incendie, à savoir rester chez soi… D’une façon très synthétique dans les bâtiments d’habitation collectifs la stratégie est donc de rester chez soi lors de l’incendie (sauf si le feu a éclos à l’intérieur du dit logement), alors que dans tous les autres bâtiments (pour les personnes valides), la stratégie est d’évacuer à l’extérieur du bâtiment.

En conséquence, la principale action à mener se concentre autour des occupants. Il est aujourd’hui impératif de sensibiliser les syndics de copropriété, les propriétaires, les résidents à la mise en œuvre des bonnes pratiques « incendie ». A savoir :

  • Maintenir fermées les portes coupe-feu des parties communes (portes palières des escaliers, des locaux poubelles, des caves, des sas parking…)
  • Ne pas stocker, ni encombrer les parties communes (notamment au niveau des gaines techniques et des escaliers)
  • Sensibiliser les occupants à la notion de confinement (quand l’incendie n’est pas dans leur logement).
  • Ne pas installer d’alarme incendie dans les parties communes
  • Appeler les secours extérieurs

Ces principes de base, élémentaires au regard des dispositifs constructifs des bâtiments sont aujourd’hui méconnus par le grand public.

La Rédaction Analyses Experts : D’un point de vue « technique », quelles bonnes pratiques mettre en œuvre dans la prévention et la gestion du risque incendie ? 

Jimmy CHAUVIN : Les petits travaux d’amélioration sont essentiels car ils peuvent nettement augmenter la sécurité incendie dans les bâtiments les plus anciens (ceux qui nativement bénéficient du bénéfice de l’antériorité de la réglementation), à savoir :

  • Favoriser l’accès des pompiers (par les échelles extérieures, par la porte d’accès principal)
  • Retirer autant que faire se peut le potentiel calorifique des parties communes (lambris, moquette…)
  • Faire installer un système de désenfumage naturel dans les escaliers qui en sont dépourvus
  • Encloisonner l’escalier quand cela est techniquement possible (mise en place de portes palière pare flamme ½ h)

Il faut par ailleurs noter que l’obligation de faire équiper les logements de DAAF (Détecteur Avertisseur Autonome de Fumée) a fait baisser de 2/3 les chiffres de victimes liées aux incendies (800 morts par an à 275).

Jimmy Chauvin
Directeur de la Maîtrise d’Ouvrage, Prévention & Environnement
IMMOVALOR GESTION
Fondateur de Winston Expertises
Animateur EFE de la formation « Initiation à la sécurité incendie », le 26 mars 2018 à Paris

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